Joaillerie

La langue des pierres

by Carolle Kittner
17.10.2017
Délaissée pendant quelques décennies au profit du diamant, la pierre de couleur fait un éclatant come-back. "À l’intérieur des pierres précieuses, les formes, les couleurs et les lumières génèrent des réalités optiques qu’aucun artiste n’a encore réussi à saisir", commentait Eduard Josef Gübelin, à la tête de son propre laboratoire de gemmologie fondé en 1923. L’histoire d’amour passionné entre les petits morceaux de roches de couleur et la maison familiale lucernoise prenait alors son envol.

Marylin Monroe dansait et chantait avec sen- sualité "Diamonds are a girl’s best friend" en 1953. Dix ans plus tard, Shirley Bassey nous berçait de son "Diamonds are forever": depuis plus d’un demi-siècle les diamants sont omniprésents. Gage, outre-Atlantique, d’un certain statut social, leur éclat ne ternit pas, mais laisse une place, actuellement, à un arc-en- ciel joailler. Depuis quelques saisons, les pierres précieuses de couleur reviennent sur le devant de la scène. La Duchesse de Cambridge, Kate Middleton au moment de ses fiançailles, arborait sa bague avec fierté, un saphir ovale de 12 carats entouré de diamants, hérité de la Princesse Diana. Penelope Cruz ne quitte plus sa bague vintage, un saphir de trois carats que son mari Javier Bardem lui a offert. Angelina Jolie exhibe des bijoux de couleurs dans des tenues toujours très sobres et nombreuses sont les actrices parées de gemmes de couleur sur les tapis rouges. 

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Certains n’ont pourtant jamais boudé ces cailloux à l’histoire unique. C’est le cas de Gübelin. Cette entreprise familiale basée à Lucerne est connue pour ses bijoux d’exception qui s’inspirent du monde intérieur des pierres de couleur, pour sa longue expérience dans le domaine des gemmes précieuses et pour sa sélection pointue de montres de luxe. Elle dispose non seulement d’un des laboratoires de gemmologie les plus renommés au monde, mais aussi d’une académie qui transmet à tous les passionnés le savoir-faire et les connaissances accumulés par Eduard Josef Gübelin, pionnier dans son domaine. En effet, ses études sur les inclusions, mais aussi ses publications tout au long du XXe siècle, se sont avérées cruciales en gemmologie. Raphael Gübelin, président – représentant de la sixième génération –, et Helen Molesworth, qui dirige l’académie de la maison, nous donnent quelques repères pour s’y retrouver dans le monde fascinant des pierres de couleur. 

Gemmes de couleur qui êtes-vous?

"Aujourd’hui on compte de nombreuses pierres précieuses de couleur comme la tourmaline ou le spinelle mais dans l’industrie, lorsque l’on se réfère aux gemmes de couleur on parle généralement des big three soit: le rubis, le saphir et l’émeraude". 

C'est comme Helen Molesworthl'explique, passionnée tombée dans la marmite à l’âge de six ans et à qui il est même arrivé de se casser une jambe un jour où elle essayait d’attraper une améthyste dans un coin difficile d’accès. Les petits morceaux de roches de couleur sont rares, chers et difficiles à trouver car leur élaboration naturelle a souvent nécessité des millions d’années dans les entrailles les plus profondes de la Terre. Dis- persées un peu partout sur la surface du globe, leur extraction se fait plutôt en Afrique, en Colombie et en Birmanie. 

Les pierres de couleur, une tendance actuelle?

Raphael Gübelin sourit: "A mon avis, pas forcément, je dirais plutôt qu’on découvre une envie chez de nombreuses personnes de passer au niveau suivant. Les diamants sont des pierres fabuleuses, mais celles de couleur sont exaltantes et offrent une sophistication à nulle autre pareille. Prenez deux diamants VVS (very very slightly included) de même taille, vous n’arriverez sans doute pas à les distinguer, en revanche deux rubis eux, n’auront jamais les mêmes inclusions, les mêmes flammes". 

Les cailloux de couleur se démocratisent, ils ne sont plus réservés à une élite ou à des professionnels expérimentés. Et le PDG de poursuivre: "Au fond, c’est vraiment une question de goût et de choix. Lorsque l’on craque pour un bout de roche de couleur, on choisit de sortir du lot. La connaissance de la gemme se trouve en son cœur. Et sa provenance est essentielle. Au moment de la décision, il faut se faire accompagner, c’est certain". Accompagner par des experts, garants de la qualité de la pierre choisie car il n’existe pas, aujourd’hui, d’échelle d’évaluation comme pour les diamants. 

Rubis, saphir, émeraude, que symbolisez-vous?

Le rubis est considéré comme la reine des pierres précieuses. Benvenuto Cellini, le grand orfèvre et sculpteur florentin du XVIe siècle, l’affirmait: "Un rubis d’un carat vaut huit fois plus qu’un diamant de la même taille". Dans les années 1940, l’offre de diamants était tellement importante qu’elle a fait grimper la valeur du rubis.  

"Nous retrouvons le rubis dans de nombreuses collections royales. En Asie et en Inde, le rubis est partout. Il est symbole de joie, de feu et de prospérité", confie Helen Molesworth. Pour Gübelin, le rubis est une métaphore de l’amour, de la passion. Chacune des créations joaillières de leur maison est ornée d’un mini rubis, signe de distinction unique. Le saphir lui, est par définition royal. Il se réfère tant à ces notions infinies que sont les océans et les cieux, qu’à la noblesse, au sang bleu. Le saphir, contrairement au rubis, peut être de toutes les couleurs possibles de l’arc-en-ciel. Et le fameux saphir de Lady Di alors, d’où vient-il? "Je me souviens que lors d’un cours à une volée d’excellent niveau dipsensé par notre académie à Hong Kong, nous avons commenté la fameuse bague de fiançailles de Kate Middleton. Le saphir est la pierre de couleur préférée de la cour britannique, et c’est la Princesse Diana qui a choisi sa propre gemme. On sait que son saphir provenait du Sri Lanka et qu’il a été acheté chez un lapidaire sur Bond Street. En revanche, je confie aux élèves qu’on spécule beaucoup sur sa taille qui varie selon les sources entre 10 et 18 carats. A ce moment-là un, jeune homme intervient discrètement: Elle faisait 12 carats, mon père est joailler à Londres, et c’est lui qui a poli la pierre de Lady Diana", raconte avec beaucoup d’amusement la responsable de l’académie Gübelin. 

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Gubelin_Drops of Water_Emerald Colombia_White Gold Necklace.tif
Gubelin_Drops of Water_Sapphire_White gold drop earrings_Gübelin Jewellery.tif

Finalement l’émeraude reste la pierre la plus fascinante. Même Cléopâtre avait un faible pour ces pierres qui incarnaient sa fierté nationale. "Le vert de l’émeraude est symbole de fertilité et d’espoir. Je me souviens de cette très belle femme qui est entrée dans notre boutique à Lucerne, et a demandé une émeraude en disant – j’aimerais une émeraude parce que je suis enceinte", commente Raphael Gübelin. 

Choix cornélien 

"Lorsque j’avais quatre ou cinq ans, j’allais voir ma mère au laboratoire de gemmologie, elle me prenait sur ses genoux et me montrait des pierres extraordinaires. Je n’avais aucune idée de leur valeur mais déjà jeune enfant j’allais vers celles qui me parlaient, celles qui m’éblouissaient le plus, car les gemmes de couleur sont dotées de ce pouvoir. Elles nous parlent, il suffit de les écouter". Au moment de faire un choix, c’est la magie qu’il faut attraper en vol.

"Une cliente de notre boutique de Zurich voulait absolument une émeraude. Je lui en ai sorti une divine mais lui ai aussi montré un saphir rose d’une beauté rare. C’est vers lui qu’elle est allée. Il avait opéré sa magie... Chaque personne a ses préférences de couleur mais nous guidons toujours nos clients d’abord vers les big three, les pierres historiques, puis, s’ils le désirent nous construisons une collection ensemble", explique le PDG.

Tous les spécialistes sont unanimes, la qualité de la pierre, sa couleur, son éclat ne suffisent pas, il faut un supplément d’âme, un trait de caractère. Lorsqu’on s’apprête à acheter une pierre de couleur, il importe de s’assurer qu’elle soit anaylsée et certifiée par un laboratoire réputé. C’est justement une des missions du laboratoire de gemmologie Gübelin. Avec son équi- pement ultramoderne, ses connaissances technologiques et ses quelques 27 000 références de pierres accumulées au cours du dernier siècle, le Gem Lab est unique dans la profession.

Ne reste plus qu’à murmurer à l’oreille des gemmes de cou- leur et surtout à les écouter avec attention... Le reste suivra.

 

www.gubelin.com 

 

Image Credits: DR

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