Beauté

Suivez Votre nez

by Ursula Borer
23.10.2017
Pendant longtemps, le sens de l’odorat a été considéré comme de moindre importance. Des recherches récentes montrent toutefois que notre nez joue un rôle décisif au moment de nos prises de décisions. Il est grand temps de réhabiliter la délicatesse de nos narines.
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"Plus nous nous entraînons à distinguer les odeurs, meilleure sera la qualité de vie". C’est Hannes Hatt qui le dit. Cet expert en physiologie cellulaire de l’Université de Bochum est en Allemagne l’un des plus prestigieux chercheurs sur les odeurs, et il plaide pour un apprentissage olfactif à l’école. Dans son livre, "Le petit livre de l’odeur et du goût", il présente l’état actuel de la recherche, de manière amusante et compréhensible. Intéressant à savoir: Les émotions comme la peur, l’excitation ou le dégoût peuvent changer notre transpiration, afin que nous puissions percevoir les émotions par le nez. Ou alors: les gens qui ont perdu le sens de l’odorat ont plus tendance à déprimer. Et bien que les cellules de l’odorat se renouvèlent tous les 28 jours, le sens de l’odorat diminue avec l’âge. Les bonnes odeurs relancent naturellement la bonne humeur et rendent heureux ou guérissent – mot clé: aromathérapie.

"Je ne peux pas vous sentir". Ou alors, "j’en ai plein le nez". On le sait bien, mais on n’y pense pas assez: les animaux, mais aussi les humains, communiquent par le biais des odeurs – de manière discrète et rapide.

Le nez contient 10 millions de récepteurs olfactifs qui peuvent distinguer jusqu’à 10 trillions d’odeurs. Le centre olfactif est étroitement lié au système limbique. Ainsi, les parfums agissent directement sur nos émotions par l’intermédiaire du cortex cérébral. L’homme est équipé d’environ 350 gènes de récepteurs olfactifs qui composent une sorte d’alphabet des odeurs. Par conséquent, la perception des odeurs est unique pour chaque individu. La bonne nouvelle: vous pouvez également vous entrainer à sentir!

Même lors du choix d’un(e) partenaire, l’odorat joue un rôle crucial. Les hommes peuvent sentir si les femmes ont leur ovulation. Les femmes, cependant, ont un talent instinctif pour trouver le bon homme. Parce qu’à l’origine de l’humanité, le choix du bon partenaire représentait la seule chance de survie, et une santé solide était essentielle. Lorsque deux personnes avec un code génétique similaire s’unissent, cela peut provoquer un affaiblissement du système immunitaire pour la prochaine génération. Selon la devise "les opposés s’attirent", les femmes choisissent ainsi un partenaire avec le patrimoine génétique le plus diversifié qui soit. Plus récemment, des études vont être lancées pour explorer l’utilisation des parfums, produits de douche et déodorants et leur lien éventuel avec la hausse des taux de divorce. Voilà qui promet d’être intéressant. 

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Et pourtant, nous utilisons des par- fums et couvrons notre propre odeur pour paraître plus attrayants, nous envelopper d’un luxe volatile et ac- croître notre bien-être. Depuis Cléopâtre, la rose fait partie des ingrédients les plus anciens et les plus recherchés. Un litre d’huile de rose de haute qualité, distillé à partir de 5 000 pétales, peut atteindre la coquette somme d’envi- ron 20 000 francs suisses. Très tôt dans notre histoire, le jasmin, la violette, le lilas, la lavande, le muguet, l’œillet, la cannelle et la vanille ont été utilisés pour créer des parfums. La vanille fait partie des senteurs les plus populaires au monde. L’odeur de lait maternel sent la vanille, les purées des bébés en contiennent, et on prétend même que la vanille a aussi un effet aphrodisiaque. Chandler Burr, un des plus célèbres critiques de parfums, avec son franc-par- ler caractéristique, l’a exprimé ainsi: "Les hommes aiment la vanille, donc on retrouve cette odeur chez toutes les putains du monde."

Si on regarde le classement des par- fums les plus populaires en 2017 par la Fragrance Foundation de new York (en clair, les plus vendus au monde), on retrouve dans les dix premiers des parfums sur le marché depuis plusieurs années: "Chanel No5", "J’adore" de Dior, "La vie est belle" de Lancôme... Les préférences ne changent apparemment pas si rapidement. Ainsi, quand on a enfin trouvé la combinaison idéale, on y revient toujours – un parfum peut devenir le compagnon de toute une vie. 

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Mais les parfums sont également sujets aux tendances du moment. Les années 1960 ont disparu dans un nuage de patchouli. L’amour libre des années 1970 s’est manifesté dans une préférence pour le musc sensuel. Les parfums lourds et doux ont prévalu dans les années 1980. Alors que les années 90, d’un point de vue olfactif, ont été dominées par le purisme, sous la forme de senteurs légères d’agrumes. Il y a quelques années, il y a eu un énorme boom des senteurs de l’Oud.

En raison de l’augmentation de la demande, les prix aussi ont grimpé pour atteindre des sommets vertigineux. Un litre d’huile de bois d’agar peut ainsi atteindre la valeur de 50 000 francs. Plus récemment, la tendance a évolué vers une plus grande individualisation et des parfums de niche surprenants. Si on en a les moyens, on peut désormais aller à Paris chez Guerlain ou à new York chez Barney’s pour se faire faire un parfum sur mesure.

Dans le monde entier, on dénombre environ 1 000 nez. Parmi eux, 400 travaillent pour les parfumeurs de luxe. Ils sont responsables de chaque parfum qui est produit, et exercent donc une grande influence sur les senteurs de notre époque. Ils réussissent avec beaucoup de savoir- faire, de sensibilité et d’intuition, à créer de nouveaux parfums qui correspondent à l’esprit du moment. En regardant les nouveautés de l’automne, on s’aperçoit que des ingrédients plutôt doux et sucrés tels que l’amande, le lait d’amande, la pistache, le miel, la noisette, sont en vogue. Et c’est peut-être déjà l’indice d’une nouvelle tendance. 

 

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