Lors de la plus grande nuit d’Hollywood, à la 91ème soirée des Oscars, Greenbook de Peter Farelly a surpris tout le monde en remportant l’Oscar du meilleur film. Roma et Black Panther ont, eux, chacun, remporté trois statuettes, alors que Bohemian Rhapsody, le film “sans réalisateur” dans une soirée “sans hôte de cérémonie”, en a raflé quatre. Le golden boy Alfonso Cuaron a, lui, gagné en meilleur réalisateur, meilleur film étranger (premier film Mexicain a remporter ce prix) et, antologique cerise sur le gâteau, en meilleure cinématographie pour son poème autobiographique en noir et blanc, Roma. C’est son quatrième Oscar à ce jour, remis des mains de son amigo Guillermo del Toro. Roma, une production Netflix: autant dire que les forces en présence s’affrontaient ce soir là à Hollywood.... Mais pas seulement. Enfin oscarisé (il était temps!) pour meilleur scénario adapté avec son brûlot contre les whites supprémacistes, BlacKkKlansman ( fou de joie, il a littéralement sauté dans les bras de Samuel Jackson qui lui remettait l’Oscar), Spike Lee, lui aussi en lice pour l’Oscars du meilleur film avec BlacKkKlansman, a rapidement affiché son dégoût: il a carrément tourné son dos dans la salle au moment des applaudissements lors de la victoire surprise de Greenbook. Certes, un film feelgood conçu pour nous donner bonne conscience – pour lequel Viggo était nommé en meilleur acteur, et le superbe Mahershala Ali a gagné son second Oscar, deux ans après Moonligth, devenant le seul acteur afro-américain à avoir deux ocars avec Denzel Washington... mais aussi une histoire jugée “paternaliste” par Spike. Pour accentuer l’amertume du cinéaste de Brooklyn militant de la cause des noires, il faut rappeler que son chef d’oeuvre, Do the Right Thing, avait déjà perdu en 1990 contre Miss Daisy et son chauffeur, dont le thème, la ségrégation, et l’histoire, un road movie entre un “blanc” et “un noir”, sont très proches de ceux de Greenbook. “Quand les blancs sont au volant, je perds”, rira ensuite un Spike Lee totalement “bad boy” entre deux coupes de champagne.
Les Oscars sont-ils passé à côté de l’histoire en ne célébrant pas plus BlacKkKlansman et Black Panther, ou en omettant au palmarès la si fraîche Yalitza Aparicio, première Amérindienne à être nommée meilleure actrice pour Roma (et devenue une icône de la cause indigène dans son pays).
Des occasions loupées, durant une soirée qui, malgé l’appartion de Serena Williams ou Barbra Streisand, malgré une entrée en matière rock’nroll totalement électrisante avec un medley live de Queen et son chanteur Adam Lambert qui a fait danser toutes les stars, de Javier Bardem sans Penelope à Glenn Close et sa cape d’or, a rapidement manqué de dimension et de personnalité. En chute libre d’audimat depuis des années, ayant pris le risque après les tweets homophobiques du comique Kevin Hart de ne pas prendre de présentateur cette année, acculés par diverses polémiques, dont le manque de diversité et de parité, les Oscars jouaient (re)sserrés ce 24 février dans une époque en plein changement .
Hollywood Boulevard, Kodak Teather; 3 heures de l’après-midi: c’était pourtant parti en grande fanfare pour le traditionnel et surréaliste embouteillage de stars sur un tapis rouge qui était prudemment couvert: trois jours plus tôt, il neigeait à Los Angeles. Il n’y a plus de saisons, sauf celle des Prix qui arrivait enfin, après six mois de course folle, en fin de parcours. À tel point qu’on mentirait en disant que la victoire d’Olivia Colman, meilleure actrice pour La favorite, et celle de Rami Malek, meilleur acteur pour Bohemain Rhapsdy, ont supris. Mais vive la jeunesse de Rami-Freddie, vive le franc étonnement et franc parler - “J’ai un Oscar... c’est hilarant... cela ne se reproduira plus” - de la très rigolote Anglaise Olivia. Vive l’Oscar mérité de la meilleure actrice de second rôle pour une Regina King magnifique en mère blessée dans If Beale Streets could talk de Barry Jenkins, une Regina King qui n’avait pas hésité à jouer la carte glamour durant toute la saison. Car pour ce qui est de la mode, on a pas été déçus. Tendance? Pink! Toutes et tous, de Julia Robert à Helen Mirren, de Jason Momoa et Lisa Monet à Gemma Chan (Crazy Rich Asians) qui portait la fameuse robe rose parachute de Valentino, nous ont fait voir la vie en rose, tandis que les grandes pros du red carpet, les Charlize Theron, carré brun, création bleu gris Dior et parure Bvlgari, Amy Adams, très Jessica Rabbit en rétro glamour blanc, ou encore le provocateur Billy Porter et son smoking-robe, osaient, s’amusaient. Nouveaux visages, Constance Wu, Chadwick Boseman, Kiki Lane, Tessa Tompson, nouveaux designers... Dans toute cette nouvelle donne, Lady Gaga affichait un classissisme impeccable, élégante “avec un twist” (les gants et les gros bijoux Tiffany) en Alexander McQueen. Oscar de la meilleure chanson – Shallow - superbement interprétée avec Bradley sur scène, la Gaga ne fait que commencer sa carrière cinéma. Dommage que les performances de Bette Midler, ou de Jennifer Hudson, aient été décevantes (il faut dire que la divine Miss M remplaçait au pied levé Emilie Blunt, de son propre aveu “morte de trac” pour interpréter une chanson de Mary Poppins).
Oscars 2019, un pétard mouillé? Oui et non: peu d’années après le scandale “Oscar so white”, la différence, l’abolition du racisme et l’immigration – Rami Maleck a notamment rappelé ses origines égyptiennes – étaient au premier plan, les femmes, quant à elles, dominaient la soirée, rappelant que si les Oscars sont toujours aussi mythiques, c’est qu’ils sont aussi là pour représenter le meilleur de l’Amérique. Et, une fois le passage obligatoire du diner du Governors’s Ball concocté par les 200 chefs de Wolfang Puck, à voir les célébrités se tomber dans les bras les unes des autres aux after-parties émaillant la ville : la fête au profit de la recherche contre le sida d’Elton John avec un concert des Killers, celle de Jay Z au chateau Marmont où la file des limos s’alonge... celle de Madonna chez son manager, celle de Vanity Fair ... Les Oscars ont encore de beaux jours.








